Transformer des rénovations cauchemardesques en lumière pour les autres
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En 2021, j’ai quitté la Rive-Nord de Montréal et je suis déménagé à l’autre bout de la province, en Haute-Gaspésie. Quelques mois plus tard, j’ai fait l’acquisition d’un vieux chalet dans une vallée idyllique pour développer une petite oasis de paix autosuffisante, avec une mini-maison (rénovations écologiques), des grands jardins, une serre, un étang baignable, des poules, etc.

Rien ne s’est déroulé comme prévu.

 

Deux ans plus tard, je suis en burnout, ma relation amoureuse a explosé, je n’ai plus un sou et les travaux sont loin d’être terminés.

 

Mais que s’est-il donc passé!?

 

Après l’achat du chalet, en août 2021, moi et mon ex-conjointe avons passé près de mille heures accroupis à refaire une nouvelle fondation sous la maison, celle en place (pilotis de bois pourris et décomposés) menaçant de céder. Le processus, résumé en détails dans la série de vlogs La petite maison résiliente sur YouTube, fut le suivant :

  1. Remplacer chacun des pilotis de la maison un à un à l’aide de poteaux de soutien (jack post) en métal et de blocs de béton;
  2. Creuser et couler des piliers de béton dans des coffrages de carton Sonotubes, puis installer d’autres poteaux de soutien par-dessus afin de soutenir la maison de manière permanente;
  3. Couler une dalle monolithique en béton (isolée avec de la laine de roche haute densité) venant englober les piliers et les poteaux de soutien;
  4. Construire un mur nain venant relier la dalle monolithique et les solives du plancher.

Énuméré sommairement comme cela, ça pourrait avoir l’air anodin comme opération, mais laissez-moi vous dire que l’expérience fût pénible : nos corps étaient brisés –essayez de passer des journées, puis des semaines à forcer comme des bons à genoux – et nous étions exténués, à force de passer sept jours sur sept au boulot ou sur le chantier sans arrêt, à finir le soir souvent après 20h.

 

Après quatre mois de dur labeur, on était complètement à terre, mais fiers d’avoir réalisé un exploit! Couler une dalle monolithique sous une maison existante, sans la soulever, ce n’est pas quelque chose qui se fait tous les jours, disons-le ainsi!

 

C’est à ce moment que l’histoire vire cependant au cauchemar : en ouvrant un mur pour faire des travaux, j’ai commencé par apercevoir des cernes distinctifs que l’on voit lors de dégâts d’eau répétés. Il y avait quatre couches de revêtement mural – carton fibre et panneaux décoratifs en bois d’aggloméré MDF, mode des années 70 – et plus j’en retirais, pire c’était…

 

Une fois toutes les couches retirées, c’était la consternation : l’entièreté de l’enveloppe du mur (de l’intérieur à l’extérieur) était couverte de moisissures et en partie décomposée! J’ai dû tout démolir, nettoyer et reconstruire en vitesse, car l’hiver s’en venait. Il était déjà là en fait, j’ai terminé la délicate opération lors de la première tempête de neige. Et je n’ai pas pu faire de miracle, comme il s’agissait d’un mur porteur – impossible de remplacer la sablière pourrie sans travaux complexes, par exemple.

 

La question valait la peine d’être posée : était-ce un cas isolé à cause de dégâts d’eau répétés localement ou est-ce que l’ensemble du bâtiment était dans le même état?

 

Je me suis mis à démolir d’autres parties de la maison pour en avoir le cœur net. Et ce que j’ai trouvé m’a complètement mis à terre. Partout où j’ouvrais, c’était un mélange de moisi et de mouches qui m’attendait…

La maison était bonne à jeter par terre, c’était contaminé à la grandeur. Sauf que je venais d’investir des dizaines de milliers de dollars pour refaire une belle dalle monolithique, durable et écologique en dessous de ça moi… Le plan initial, de refaire la fondation et l’intérieur au goût du jour, ne tenait plus du tout la route. Tout avait perdu son sens en fait! Vous est-il déjà arrivé de vous blâmer, de vous sentir coupable, pour une situation que vous n’aviez pas su identifier à l’époque ou que vous n’avez pas bien gérée? L’hiver suivant fût très difficile pour moi. Que faire dans une telle situation!?

 

Est-ce que je démolis au complet et je reconstruis au complet? Est-ce que je démolis et reconstruis les éléments les plus problématiques, tout en traitant ce qui pourrait être récupérable? Est-ce que je pile sur mon orgueil et j’abandonne le projet? J’avais beau me casser la tête, aucune des solutions ne semblait idéale…

 

Cet hiver-là, j’ai passé des mois devant mon ordinateur à faire des plans, à essayer de trouver des solutions. La nuit, c’était l’insomnie, revivre les expériences traumatisantes vécues à l’automne et le jugement contre moi-même.

 

J’ai fini par produire des plans pour tous les scénarios et j’ai pris la décision, avec mon ex-conjointe, d’y aller pour la démolition/reconstruction partielle. Il devait bien y avoir quelque chose de récupérable là-dedans, non?

En 2022, le printemps et l’été ont fini par se pointer le nez et on a pu reprendre le chantier là où on l’avait laissé. Le processus de démolition, qui s’est étiré jusqu’à la fin de l’été 2022, fut très pénible. C’était dégueulasse (moisissures, mouches et cochonneries indescriptibles) et ça ne finissait jamais. Quand je pensais avoir enfin tout éliminé la moisissure, j’en découvrais encore à des endroits insoupçonnés! Par exemple, j’avais intégré les vieilles fermes de toit dans mon plan pour le nouveau toit pour éviter du travail, mais on a découvert une multitude de zone infectées en enlevant l’isolant de bran de scie au grenier, si bien qu’on devait démolir et reconstruire. Au final, à peine trois fermes de toit sur 14 sont d’origines, toutes les autres ont été reconstruites à neuf.

 

Il fallait se rendre à l’évidence : pratiquement rien n’était assez propre pour être sauvé. Et même quand c’était passable, on avait peur que ça soit contaminé par des spores, qui ne feraient que s’implanter de nouveau advenant un environnement favorable, comme un dégât d’eau.

On s’est donc mis sur la démolition et la reconstruction de la majorité des éléments de la maison, un élément à la fois. Je ne sais pas si vous avez déjà autoconstruit une maison, mais si oui, vous savez à quel point le processus est éreintant et stressant. Dans notre cas, c’était le double de travail et de stress, parce qu’il fallait démolir ET reconstruire. On a été très chanceux, on a eu pas mal d’aide de la famille, d’ami(e)s et de bénévoles (merci tellement!), mais ce n’était jamais assez.

 

Sur un chantier de construction, vous avez habituellement toute une équipe d’ouvriers qualifiés, n’est-ce pas? Dans notre cas, pour une démolition et une reconstruction presque complète, il y avait moi à temps plein (manuel, mais pas un gars de construction) et Camille à temps partiel (sans expérience de construction avant 2021). L’ampleur d’une telle tâche nous dépassait largement et c’est cette période absolument insupportable qui a eu raison de notre couple au final, je crois. C’était gestion de crise après gestion de crise, sans jamais aucun repos. Les querelles s’accumulaient et on ne pouvait désamorcer les situations, n’ayant ni le temps ni l’énergie pour le faire. Ça ne faisait que s’accumuler, telle une bombe.

 

Voici un résumé du processus réalisé de juin à octobre 2022 :

  1. On a tout démoli et reconstruit, mur par mur, ferme de toit par ferme de toit. L’ancienne structure de toit demeure en place et vient soutenir partiellement une nouvelle structure de toit par-dessus.
  2. Le mur nord a été surélevé pour donner assez de hauteur dans les chambres pour permettre un aménagement vertical. Il y a maintenant assez de place pour être debout en bas (zone dodo) et en haut (zone bureau).
  3. Les nouvelles fermes de toit du côté nord étaient tout un casse-tête. J’aimerais remercier de tout cœur mon ami Hans, sans qui je n’aurais jamais réussi! Elles étaient effectivement très lourdes (assemblage de 2 x 10 sur une portée de 19’) et difficiles à assembler.
  4. Les nouvelles fermes de toit ont été isolées à la laine de roche (~R-37), puis recouvertes de planches de cèdre brutes de 1 po d’épais, pour un contreventement à l’ancienne. Je suis fier de dire qu’il n’y pas une seule feuille de contreplaqué ou d’OSB (panneau de copeaux orientés) dans toute la maison.
  5. Pose de laine de roche en panneaux haute densité Comfortboard (R-6), de Rockwool, à l’extérieur des murs.
  6. Installation de membranes pare-intempéries haute performance sur les murs et d’une membrane autocollante sur le toit. À noter que les fermes de toit arrivent au niveau du mur, ce qui permet le jointement et une étanchéité parfaite entre les deux membranes.
  7. Installation des portes et fenêtres Lepage Millwork.
  8. Installation des bordures de toit à l’extérieur des membranes. Le résultat est le même au premier coup d’œil, mais la performance énergétique est décuplée.
  9. Installation de la tôle d’acier avec l’équipe de mon partenaire Duchesne, fabricant québécois de revêtements métalliques depuis 1927.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » – Mark Twain

 

On avait réussi notre pari : la maison avait une belle toiture neuve et était prête à affronter l’hiver. Ayant environ un mois de beau temps avant l’hiver, on s’est lancé dans le dernier gros projet de l’année : s’approvisionner en eau. On avait une ossature de maison saine et une nouvelle toiture, mais l’absence d’eau courante devenait problématique si on voulait emménager au cours de l’hiver. On a tout tenté pour avoir de l’eau pendant l’été, mais hélas sans succès….

 

J’ai perdu 7 000 $ en faisant creuser un puits artésien : j’ai un beau tuyau dans le sol, mais pas d’eau. Les foreurs étaient rendus à près de 100 pieds de profond sans aucun signe du roc, donc le forage coûtait le double à chaque pied foré (installation d’une tubulure d’acier). Situation qui enchantait bien entendu ces derniers, mais qui a fait en sorte que j’ai dû tirer la prise sur le processus.

 

J’avais deux choix devant moi : perdre 7 000 $ sans avoir d’eau ou jouer à la loterie : ça aurait pu me couter 10 000 $ ou 25 000$ ou plus. Même avec une facture aussi salée, j’aurais pu me retrouver sans eau ou avec une eau impropre à la consommation ou nécessitant une multitude de filtres pour sa potabilité. Les foreurs me disaient que c’est une situation qui est arrivée par le passé à quelqu’un dans la région, pas d’eau malgré un puits à 250 pieds fracturé hydrauliquement. Et ces derniers ne donnent aucune garantie : pas d’eau, pas grave, paie-moi quand même!

 

La maison étant un peu trop éloignée du réseau d’aqueduc municipal, la solution de dernier recours s’est avérée être celle que l’on pensait implanter au début, mais qu’on avait mise de côté en raison du manque de ressources sur le sujet : la récupération d’eau de pluie.

C’est un type de système très peu commun et qui propose tellement d’avantages! Je compte d’ailleurs monter un cours complet sur le sujet dans le futur pour faciliter la vie des gens qui voudraient faire la même chose que moi et pour que le procédé devienne un peu plus répandu.

 

Au Québec, quand on doit être autonome pour son eau, on pense tout de suite au puits artésien… Or, le puits artésien présente tellement de désavantages comparativement à l’eau de pluie :

Eau de pluie

• Eau douce, sans aucune dureté

• L’eau la plus facile à traiter

• Harmonie avec la nature, on n’épuise pas la ressource

• Impossible de savoir avec certitude à quelle profondeur il y aura de l’eau, son débit ou la position du roc

• Il arrive fréquemment qu’un minéral (manganèse, souffre, etc.) se retrouve en trop grande concentration, nécessitant des filtres pour rendre l’eau potable

• Il s’agit du système le plus dispendieux, selon la profondeur : ~ 7 000 à 25 000 $

• L’homme capte plus d’eau souterraine que ce qui peut se renouveler, créant un important déséquilibre. Une étude publiée dans le Nature Geoscience en 2015 a révélé que « seulement 6 % des eaux souterraines de la planète se sont renouvelées au cours des 50 dernières années ».

• Souvent aucune garantie pour le forage : il est possible que vous deviez payer sans avoir une seule goutte d’eau, comme ce fût mon cas.

 

Le seul avantage, c’est que le puits artésien donne habituellement de l’eau à volonté, ce qui est le gros désavantage de la récolte d’eau de pluie : la quantité est limitée et dépend des précipitations).

 

Si vous êtes comme le Québécois typique, avec une moyenne de consommation de 424 litres d’eau par jour, c’est sûr que vous allez vider vos réservoirs assez rapidement… Mais pour quiconque ayant la motivation de limiter sa consommation et vivre plus en harmonie avec la nature, c’est facilement réalisable. Ma consommation quotidienne d’eau est d’environ 40 litres. En disposant d’une quantité limitée, je savoure chaque goutte et gaspille très peu. Ça change même les perspectives : à chaque fois qu’il pleut, je suis content maintenant!

 

Pour mon système, j’ai choisi les réservoirs allemands GRAF, que j’ai achetés de mon partenaire Make Way Environmental Technologies, distributeur ontario spécialisé en gestion des eaux. Ces réservoirs viennent en plusieurs formats (de 2 700 à 6 500 L) et l’on peut en installer plusieurs en série. Pour estimer vos besoins, rappelez-vous qu’en hiver, il ne pleut pas souvent! Vous devez donc pouvoir passer tout l’hiver sur les réserves et les remplir du printemps à l’automne. Dans mon cas, j’y suis allé avec une capacité de 13 000 L, soit deux réservoirs de 6 500 L. Considérant que l’hiver dure environ six mois ici en Haute-Gaspésie (oui, c’est long!), ça me donne une capacité d’un peu plus de 70 litres par jour, soit 13 000 L accumulés en 182,5 jours.

 

Voici un résumé du processus d’installation réalisé en octobre – novembre 2022 :

  1. Les réservoirs sont enterrés sous terre, pour que la canalisation ne gèle pas et que l’eau soit dans des conditions idéales contre la prolifération de bactéries et autres pathogènes. La première étape consiste donc en l’excavation d’un énorme trou pour les installer. Pour mes deux réservoirs, on parle d’un trou de 20’ de long x 13’ de large x 9’ de haut.
  2. Installation d’un drain perforé de 4” certifié BNQ et enveloppé de géotextile pour drainer la nappe phréatique. Dans mon cas, c’est l’eau qui ruisselle des montagnes.
  3. Poser, compacter et égaliser une couche de pierre ¾ de 6” d’épais .
  4. Assembler les réservoirs. Ils viennent en deux morceaux pour faciliter le transport et l’installation : il faut quatre personnes pour déplacer chaque demie qui pèse environ 200 livres, ce serait trop éreintant pour un réservoir complet.
  5. Déposer les réservoirs assemblés dans le trou à l’aide de machinerie ou placer chaque demie manuellement et les assembler dans le trou.
  6. Relier les deux réservoirs à l’aide de conduites en PVC
  7. Remblayer avec une pierre fine 0 – ½’’ à la pelle jusqu’à la moitié de la hauteur des réservoirs (avec de la machinerie, les réservoirs bougeraient).

Comme vous pouvez le voir sur les photos, à cette étape la neige s’était mise de la partie. Théoriquement, tout était beau, les prévisions météo me laissaient le temps de compléter l’installation. Même que ce week-end-là, trois jours d’averses étaient prévus, assez pour remplir les réservoirs et ainsi les stabiliser, c’était parfait! Mais la vie en a voulu autrement, la température a chuté à -1 °C et toute cette belle pluie que j’attendais est tombée en neige… Je capotais, l’installation était loin d’être terminée, j’avais déjà récolté une période de pluie, alors il y avait de l’eau dans les réservoirs qui pouvait geler et briser tout le travail effectué!

 

J’ai donc entrepris la pire tâche de tout le chantier : pelleter à la main 75 tonnes de gravier pour enfouir les réservoirs. Vos yeux ne vous trompent pas : 75 tonnes, c’est 75 000 kilogrammes de gravier. Je ne sais toujours pas comment j’ai fait, j’étais blessé de partout, la fatigue accumulée était inconcevable et il faisait froid et très chaud en même temps, parce que je pelletais toute la journée. Comme conditions, ça n’aurait pas pu être pire.

 

Comme pour l’ensemble du projet, j’ai heureusement eu de l’aide, sans quoi je n’aurais jamais pu y arriver. Merci à mon voisin et sauveur Steven Vallée, Camille Poulin, Mariemaude Gamache et Gabrielle Beaulieu.

 

Bien que les réservoirs n’aient pas pu être entièrement recouverts (je devais me laisser de l’espace pour connecter la pompe et l’entrée d’eau de la maison au printemps), le système était sauvé. Ayant tout donné, eu chaud et froid pendant une semaine de travail digne d’un camp de concentration, je suis tombé extrêmement malade, ce qui a conclu le chantier pour 2022.

À la quantité d’épreuves que j’avais traversées, vous ne serez pas surpris d’apprendre que j’étais déjà en burnout en 2022. Je me disais que je profiterais de l’hiver pour prendre ça mollo, me reposer et me remettre sur pieds. Encore une fois, ça ne s’est pas déroulé comme prévu…

 

Vu l’état de la maison et la nature des travaux, nous avons dû louer une autre maison pour y habiter en attendant. C’était une petite demeure à dix minutes de distance, avec vue sur la mer. Étant donné le manque de logement dans la région, nous avons été très chanceux de pouvoir l’occuper. Nous avons cependant vécu un vrai calvaire durant les deux hivers que nous y avons passé : la maison est sur la route 132, à un endroit où le vent ramène constamment la neige dans l’entrée. Un combat perdu d’avance, car il fallait déneiger chaque jour où il ventait, donc pratiquement tous les jours. La première journée d’une tempête de neige, on déneigeait pendant 2h, le lendemain, 1h30, le surlendemain 1h et là une autre tempête nous tombait dessus, si bien qu’on ne faisait que ça, déneiger! Je devais déneiger l’équivalent de neuf places de stationnement à la maison louée pour essayer de combattre le vent et son apport constant de neige. J’étais en train de virer fou, ça représentait littéralement un travail à temps partiel de déneigeur (j’avais la petite maison résiliente aussi)! On aurait bien voulu donner le déneigement à contrat, mais on était dans un petit village où il n’y avait que la possibilité de payer à la minute de déneigement, ce qui revenait rapidement très cher!

 

Ceci est sans compter le fait que la maison n’avait pas d’eau potable. Au début, il y avait de l’eau d’une source locale que l’on filtrait, mais pour des raisons que je n’expliquerai pas en détail, en plein milieu de l’été 2022, alors qu’on était complètement déboussolé à cause de l’histoire du puits, on s’est retrouvés sans eau courante! Il fallait donc charrier des bidons de 23 L d’eau à la main pour tous nos usages. Pas de douche, pas de laveuse, on utilisait la bouilloire pour faire la vaisselle. Compte tenu de tout ce qu’on vivait sur le chantier, c’était un vrai cauchemar…

 

Heureusement, quelques mois plus tard, la propriétaire a fait forer un puits artésien, mais dès ses premières utilisations, on savait que quelque chose clochait sérieusement avec cette eau. Ça nous piquait dans la douche, nos mains devenaient plaquées rouges en faisant la vaisselle, notre peau était sèche et nos cheveux cassaient. Les résultats du test d’eau étaient sans équivoque : l’eau du puits avait sept fois le taux de manganèse recommandé. On utilisait donc le moins possible cette eau toxique, continuant de transporter nos bidons d’eau dans la neige avec un traineau.

Tout ça pour dire qu’on n’était vraiment pas bien dans cette damnée maison. On aurait voulu déménager dans notre Petite maison résiliente avant le deuxième hiver, parce qu’on savait que ce n’était pas vivable, mais connaissant la nature des travaux requis, on s’était résigné à endurer tout ça une autre fois…

 

Même si un déménagement à la fin de l’hiver est loin d’être idéal, on en avait tellement marre du déneigement et de charrier de l’eau que je me suis donné comme mission de finir l’intérieur tout juste assez pour qu’on puisse se sortir de cet enfer. On n’avait pas besoin de grand-chose : une chambre finie, un évier, une toilette et un comptoir de cuisine.

 

On était tellement loin de ça cependant… Je me suis donc lancé dans l’isolation, l’installation du pare-vapeur, des fourrures intérieures, la création de la plate-forme de la salle de bain, des mezzanines dans la zone des chambres, planer, sabler et huiler le plancher d’origine, etc. En quelques semaines de travail intense, grâce à l’aide de nos ami(e)s Steven et Danielle, on était presque rendu à avoir le strict minimum pour pouvoir emménager. Il faut dire que nous avions une date limite, c’est-à-dire la mi-mars 2023, parce que nos mères étaient disponibles à ce moment pour nous aider à déménager. On ne pouvait pas manquer ça!

La dernière semaine avant le déménagement est arrivée et il restait tant à faire… Toute la semaine, j’ai dû travailler toute la journée, mais je ne fournissais pas, je finissais en général vers 21h. J’étais comme un citron pressé, qu’on pressait encore plus violemment parce qu’on avait besoin des dernières gouttes de jus. Ça n’avait aucune maudite allure, j’ai même fini à 22h un soir. Je manquais de concentration, ce qui a fait en sorte que je me suis explosé le doigt de manière assez intense. Liste non exhaustive de tout ce qui a été réalisé lors de cette semaine de fou : les escaliers pour la zone des chambres, le lambris dans la chambre, dans les escaliers et dans la cuisine, création de caisson de comptoir, installation du comptoir, de l’évier, de la plomberie de l’évier et de la douche, construction d’une toilette à compost avec diverteur d’urine, de la porte de chambre et de la base de lit. Pendant que je travaillais comme un fou à finir nos installations de base, Camille et sa mère se sont chargées de faire les boites et de les déménager.

Et voilà, on avait enfin réalisé l’impossible une deuxième fois, on était finalement dans notre maison! Mais on était trop épuisé pour en profiter, il a fallu quelques semaines pour enfin le réaliser qu’on était enfin chez nous. Ces quelques semaines d’adaptation dans notre nouveau milieu de vie nous ont cependant mis une vérité dérangeante en plein visage : notre couple n’allait pas mieux ici, loin des problématiques de la maison louée. On continuait à se chicaner constamment et à être horribles l’un envers l’autre. On pensait réellement que notre couple se rétablirait dans des conditions moins stressantes, mais ce n’est pas ce qui s’est passé. On a donc pris la difficile décision un mois plus tard de se laisser…

 

Camille s’est trouvée un appartement près de son travail et je suis resté seul à la maison avec mon fidèle compagnon poilu, Lucky. Pour Camille, c’était un second déménagement en à peine quelques mois, l’abandon de sa maison, de ses rêves… Pour moi, c’était la solitude et une surcharge de travail à porter sur mes épaules. Même encore au moment d’écrire ces lignes, je n’arrive pas à concilier mon travail à temps partiel et les rénovations, c’est trop lourd vu ma fatigue. L’absence de Camille dans ma vie vient aussi avec une grosse remise en question : qu’est-ce que je fais ici, tout seul?

Si j’écris notre histoire rocambolesque, ce n’est pas pour vous décourager, bien au contraire. Je crois que j’avais besoin de me vider le cœur, car j’ai souvent l’impression que personne ne comprend ma réalité. « Ah, tu dois être content, enfin déménagé dans ta maison! » « Eille, ça avance les travaux! » Comment dire à ces personnes bien intentionnées que ces rénovations ont épuisé toutes mes ressources les plus précieuses et que je me sens comme une coquille vide? Je n’ai d’autre choix que de porter un masque souriant et d’acquiescer. C’est donc aussi pour vous exposer la vraie histoire de la Petite maison résiliente, derrière les beaux selfies et les messages encourageants qui pognent sur les réseaux sociaux.

 

Je vais continuer seul la mission de la Petite maison résiliente. Malgré toutes les embûches vécues, de posséder une petite maison écologique et économe en énergie et eau, un beau et grand terrain bordé par une rivière limpide, dans une vallée entre les montagnes et la mer… Ça n’a pas de prix.

 

Et parlant de prix, comme tout est rendu fou en immobilier, je crois toujours avec ferveur que la rénovation d’une vieille et petite maison est toujours la meilleure option pour devenir propriétaire d’une minimaison. Soyons réalistes, il serait surprenant que vous tombiez sur une maison aussi pourrie que la mienne! Il est donc presque assuré que votre expérience ne sera pas aussi difficile. Je ne souhaiterais pas ça à mon pire ennemi.

 

Et c’est là que la mission de la Petite maison résiliente devient intéressante : je veux être un facilitateur pour les projets de vie des gens qui souhaitent être le plus possible hors du système! Je veux produire du contenu qui vous aidera dans vos démarches, que ce soit dans le choix d’un terrain, d’une vieille maison, de déménager en région, pour des travaux de rénovation ou d’autosuffisance… Je veux partager mon expérience et devenir une lumière qui vous guidera à bon port!

Et c’est déjà bien parti, j’ai eu le grand plaisir d’organiser une toute nouvelle édition de ma formation « Votre minimaison : de la planification à la construction » en juillet et août dernier. En une journée avec les participants (dans la minimaison et en ligne), j’essaie de résumer mes dix ans d’expérience dans le domaine de la construction d’une micromaison sur roues en 2014 et les rénovations décrites ci-haut. Les sujets touchés sont les suivants :

• Réglementation

• Choix des techniques de construction et des matériaux

• Maximisation de l’espace et création de plans

• Énergie (réseau et systèmes solaires)

• Eau potable (eau de pluie) et eaux usées

• Survol de la construction d’une minimaison sur roues et sur fondation

 

Le projet de documentaire est toujours prévu, mais ne l’attendez pas de si tôt, je ne fournis pas en ce moment et je vais essayer de prioriser mon travail et de finir la maison avant de m’y attaquer. À suivre donc. Un jour à la fois! Un projet à la fois!

 

Pour finir, je le répète, ne laissez pas mon expérience vous décourager. Si vous avez le même rêve que moi, d’avoir une petite oasis de paix autosuffisante comprenant une petite maison dans le bois et de grands jardins, continuez de rêver grand! Vous y arriverez, un pas à la fois comme moi, en essayant de faire au moins une chose par jour pour y arriver. Au moins, j’ose espérer que mon expérience vous sera utile, si seulement pour vous faire éviter certaines erreurs, comme le fait de ne pas faire inspecter la maison que vous convoitez par un professionnel équipé d’un détecteur d’humidité!

 

« Qu’as-tu fait aujourd’hui pour ton rêve ? » – Fred Pellerin

Merci à tous les partenaires de la petite maison résiliente :

Duchesne : https://www.duchesne.ca

Lepage Millwork : https://www.lepagemillwork.com/fr-ca

Productair : https://www.productair.com

Tockay : https://tockay.com

Nature Fibres : https://naturefibres.com

Make Way : https://www.makeway.ca/products/rainwater-harvesting-systems

 

Merci à toutes les personnes qui m’ont aidé sur le chantier :

Camille Poulin (merci à mon ex-amoureuse pour tous ces sacrifices réalisés en ma compagnie. Notre rupture est un incroyable gâchis et je suis très triste que l’on ne pourra pas profiter de ce rêve que nous avions ensemble…), Nancy Marcoux, Jérémi Robichaud, Cédric Dussault, Gérard Bernier, Steven Vallée, Mariemaude Gamache, Gabrielle Beaulieu, Sylvain Picard, Chloé Marcoux, Junior Wilson, Sylvie Leblanc, Louis Giard, Alena Motorina, Stephen Black, Josée Camiré, France Pineault, Jean-Pierre Lachapelle, Bruno Armand, Caroline Sorez, Renaud de la Rochelière, Dominic Lavoie, Sandra Huard, Manon Marcoux, Nik Ouellet, Charles Atkins, Henri Dulac, Hans Fréchette, Caroline Fournier, Éloi Hurtubise, Matéo Blouin, André Tremblay, Élodie Camps Bres, Marie-Amélie Tanguay, Gabriel Bertrand, Jerry Busine, Philippe Leclerc, Jean-Pierre Hamelin, Denis Isabelle, Jim Brunelle, Burt Knip, Danielle David, Guillaume Jeudy, Annie Lévesque, Sébastien Bouvet, Virginie Dardenne et Caroline Sirois.

 

Et merci à ma famille sans qui je n’aurais jamais pu réussir! Ma grand-mère et ma mère m’ont effectivement donné mon héritage à l’avance parce que j’étais dans un pétrin pas croyable (avoir refait une fondation sous une maison complètement moisie). Je suis incroyablement chanceux d’avoir eu toute cette aide monétaire, matérielle et bénévole, j’ai une énorme gratitude pour toute cette bienveillance et abondance.

 

Sources :

 

CAA Québec (s.d). Consommation d’eau dans la maison – Maison Écol’Eau. [En ligne] https://www.caaquebec.com/fr/a-la-maison/conseils/capsules-conseils/conseil/show/sujet/consommation-deau-dans-la-maison-maison-ecoleau/ (Page consultée le 29 juillet 2023).

 

Gleeson, T., Befus, K., Jasechko, S. et al. The global volume and distribution of modern groundwater. Nature Geosci 9, 161–167 (2016). https://doi.org/10.1038/ngeo2590

Cet article a été écrit pour le magazine La maison du 21e siècle. La lecture étant réservée pour les abonnés, l’éditeur en chef m’a permis de le publier sur mon site pour que mes abonnés puissent également le lire. Merci donc à André Fauteux et son magazine, qui fêtera dans quelques mois ses 30 ans, tout un exploit!

 

Si la construction écologique vous intéresse, je vous invite à vous abonner, le contenu est toujours pertinent et hautement intéressant : https://maisonsaine.ca/boutique

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Blake Poland
Blake Poland
5 mois il y a

Wow! What an ordeal of epic proportions. So sorry it cost you your relationship and so much more. A spellbinding read, nonetheless. May you continue to be an inspiration to others!

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